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Finance @ Forbes : Charlotte Dennery, leaseuse de bonne aventure

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CEO de BNP Paribas Leasing Solutions, cette ancienne haut-fonctionnaire de Bercy a insufflé un vent de modernité dans la branche dédiée au leasing du groupe bancaire français. Meneuse d’équipes hors pair et passionnée d’art, Charlotte Dennery ne transige pas avec les enjeux liés à la parité.

 

Maurice Midena

Sur le mur derrière le bureau de Charlotte Dennery, s’étend une acrylique sur toile de Paul Kallos. « Sacre du printemps », mesurant 1m95 de hauteur et 2m60 de longueur, est une succession de grandes bandes rectangulaires, faites de nuances de bleus et de verts, avec ici et là des tâches jaunes ou oranges. Cette œuvre du peintre contemporain franco-hongrois décédé en 2001 vient de la collection privée de BNP Paribas. L’art n’est pas une mince affaire pour Charlotte Dennery, qui est, à ses heures perdues si on ose dire, administratrice de la Réunion des musées nationaux-Grand Palais (RMN-GP).

Cette femme de 53 ans, sait passer du tout au tout : en l’occurrence du monde feutré et volontiers délicat de l’art à celui plus prosaïque du crédit-bail. Depuis trois ans et demi, elle dirige la branche « Leasing Solutions » du groupe BNP Paribas. Le leasing est une appellation générique qui correspond à deux modes de financement différents utilisés au quotidien par les entreprises : la location et le crédit-bail. Ces solutions leur permettent d’utiliser un équipement moyennant le paiement d’un loyer périodique. Elles rentrent ainsi de plein pied dans l’économie de l’usage.

« Le leasing est au cœur de l’économie réelle », assure Charlotte Dennery. Grâce à cette méthode, les entreprises de toute taille et de tous secteurs peuvent acquérir du matériel en tout genre : tracteur, charriot élévateur, mais également  flotte de smartphones ou  fauteuils pour les dentistes. Au sein de BNP Paribas, le leasing fait travailler 3 400 employés dans 18 pays, et représente 32,1 milliards d’euros d’encours sous gestion. Depuis l’arrivée de Charlotte Dennery, la filiale de la banque de la rue d’Antin est passée de 10,1 à 13,5 milliards d’euros de nouveaux contrats de leasing par an.

Ce bond en avant, Charlotte Dennery l’a instigué en insufflant une grande bouffée de modernité à une branche qui semblait peu innovante . Le premier enjeu a été celui de la digitalisation de l’activité. La transition numérique a d’abord concerné l’automatisation des process et notamment des parcours clients et distributeurs (le crédit-bail est distribué par les constructeurs qui vendent les équipements). De la simulation des échéances de paiement à la signature finale du contrat, en passant par la vérification de la solvabilité du client, tout se fait désormais en ligne. « Nous signons 3,5 contrats par minute. Pour passer à un tel niveau d’industrialisation, il a été indispensable de digitaliser nos services », explique Mme Dennery. Avec de tels process, le délai de réponse pour une entreprise voulant souscrire un contrat de financement  est passé de plusieurs jours à quelques heures.

Digitaliser et déménager

Mais la digitalisation ne s’est pas limitée à mieux servir ceux qui bénéficient des services de leasing. Elle a aussi concerné ceux qui les mettent en place. Dirigeante d’envergure, à l’affût des nouvelles formes de management, Charlotte Dennery a mis en place du « reverse mentoring » afin que ses plus jeunes recrues forment leurs ainés aux nouvelles pratiques liées au numériques et à l’utilisation des réseaux sociaux. « C’est un jeune collaborateur du pôle financier de 25 ans qui m’a appris comment optimiser les possibilités offertes par mon smartphone. »

Outre le numérique, un des grands bouleversements menés par la CEO est le changement de locaux : depuis mars 2017, fini le vieux bâtiment de Puteaux où « plus on avait de galons, plus on avait de fenêtres à son bureau ». Bonjour Nanterre et des locaux flambants neufs organisés en flex-office, où personne ou presque n’a de bureau attitré. Le télétravail, en général de deux jours par semaine, a été systématisé. « Toutes ces mesures fonctionnent très bien, assure-t-elle. Il y a plus d’échanges. Cela a vraiment changé l’atmosphère au sein des équipes. »

Les équipes de BNP Paribas justement, c’est peu de dire que Charlotte Dennery les connait bien. Elle est dans la maison depuis 2001. Elle y est entrée à la stratégie du groupe, avant de s’occuper de la direction financière de la branche assurance, puis de devenir de 2010 à 2015 COO – Chief Operating Officer – de BNP Paribas Investment Partners, la branche d’activité spécialisée en asset management du groupe.

Charlotte Dennery n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler une figure de l’ascension sociale. Elle a plutôt marché sur les traces de ses parents. Fille de diplomate, la CEO est née à Tokyo. Elle a également vécu à Moscou et à Brazzaville. Troisième enfant d’une fratrie aux parcours très variés, elle compte un frère chef de service en anesthésie-réanimation à l’hôpital Georges Pompidou, un autre haut fonctionnaire et une sœur responsable d’une fondation artistique.

De l’X à Bercy, en passant par l’Insee

Excellente élève et brillante étudiante, Charlotte Dennery intègre la classe préparatoire du lycée Henri IV, après un bac passé au lycée Louis-le-Grand. Elle effectue son année de « cinq-demi » à Saint-Louis. « J’ai fait tous les lycées du quartier latin », s’amuse-t-elle. Elle intègre l’Ecole polytechnique en 1985. Diplômée trois ans plus tard, elle complète son cursus par un master à l’ENSAE, une grande école spécialisée en statistiques. Elle rentre dans la foulée  à l’INSEE où elle devient responsable de l’analyse des comptes trimestriels de la nation. Elle œuvre ensuite pendant six ans à la direction du Budget

Mais si elle a pu bénéficier dès sa jeunesse de conditions propices à l’excellence, Charlotte Dennery s’est vite rendue compte que ce n’était pas le cas pour tout le monde. Notamment que le gap entre hommes et femmes étaient plus important que ce qu’elle imaginait : « Lorsque je travaillais à Bercy, les femmes commençaient à avoir de plus en plus de postes à responsabilité. Quand j’ai intégré BNP Paribas, j’ai vu qu’elles étaient rares. Surtout dans le Comex », explique-t-elle.

Pour rééquilibrer tout ça, Charlotte Dennery a mis en place diverses mesures. Du classique, avec du mentoring et du coaching. Des initiatives plus franches : « Je veille chaque année à ce que les augmentations de salaire des femmes soient les mêmes que celles des hommes, assure-t-elle. Voire parfois un peu plus élevées pour les femmes, car on sait quil y a des décalages qui ont eu lieu notamment au moment de leurs congés maternité. Donc on fait des rattrapages. » Même chose pour les promotions, tous les sexes sont logés à la même enseigne.

Charlotte Dennery peut être un modèle à suivre  pour beaucoup de femmes, surtout dans un secteur aussi masculin que la banque. Et elle parait encline à multiplier les sources d’inspiration autour d’elle. Que ce soit des parcours professionnels ou des œuvres d’art.